
Esthétique et ton sobre ce soir. Comme attendu (mais sans doute pas assez), la visite d’aujourd’hui fut rude… très rude.
Au-delà de l’émotion, éprouvante à bien des égards…
Si chacun, en son âme et conscience, est libre de croire ou non au devoir de mémoire, il était pour nous inconcevable de ne pas nous rendre ici, à Auschwitz. Ainsi, et bien que des raisons différentes nous animent, nous avions tous deux la nécessité de venir sur le plus grand camp de concentration/mise à mort qui existe (sans voyeurisme, évidemment). Il n’en demeure pas moins que contempler l’horreur en face, ici même, présentement, frappe les corps et les esprits. Fort.
C’est donc les entrailles en vrac, le processus de digestion en cours, que nous rédigeons cet article. Alors, vous nous pardonnerez si son contenu est moins informatif que d’habitude. Certaines choses doivent se vivre pour être comprises.




La visite (de 3 h 30) se divise en deux parties : une partie muséale à Auschwitz I et une partie « de terrain » à Auschwitz-Birkenau II. L’une présente des installations moins bien conservées, remaniées, tandis que l’autre est une immersion quasi totale.




Outre la présence des fils barbelés et des miradors à l’extérieur, certaines salles et leur contenu sont tout simplement insupportables à regarder. Par l’objet, le cliché, la presque anecdote individuelle, c’est le sort de plus d’un million de personnes qui nous parvient. Juifs, prisonniers politiques, Tziganes, homosexuels, personnes en situation de handicap… On ne connaît pas les chiffres exacts, ils sont sous-estimés face à l’ampleur de l’extermination, mais un grand froid s’abat sur nous.



L’acmé de la visite est atteint au moment de traverser un four crématoire reconstitué. Il n’y a pas de mot pour décrire le ressenti. Pas possible de prendre une photo. Inimaginable même. Besoin de respirer, de souffler…

Passant trop peu de temps en Pologne, il n’est (pour une fois) pas possible de faire un tour en bibliothèque comme nous en avons pris l’habitude… Profitons d’une pause salutaire, lors de notre visite guidée, pour faire un rapide tour à la librairie spécialisée du musée.
L’occasion pour nous de sensibiliser sur les dérives littéraires actuelles (entre autres) autour d’Auschwitz et, plus largement, sur les camps de concentration. L’effet « glamourisant » du sordide étant malheureusement un bon ressort de vente… Donc attention !
La dernière partie de cette expérience s’écrit donc à Birkenau, après un tour en navette pour nous y rendre, avec la célèbre vue du bâtiment central et de ces rails, ces fameux rails chargeant les wagons à bestiaux remplis de pauvres êtres.
Jusqu’au terminus. Jusqu’à leur mort. Rampe et sélection. D’un geste rapide et vague d’un médecin SS. Sans (état d’) âme.
Une bonne partie des bâtiments compromettants a été dynamitée juste avant la libération des camps par l’Armée rouge, le 27 janvier 1945. Il ne reste d’eux que des tuiles rouges, entassées, vestiges immémoriaux de ce qui a pu se passer…





Mais les fleurs sauvages refleurissent sur le site. Librement. Ère nouvelle, symbole de la vie qui continue (et d’une politique de conservation assez novatrice de la part de la direction). (Re)naissance après l’incarnation de la mort ici-bas, avec un seul mot d’ordre : ne jamais oublier. Commémorer. Témoigner.



Une visite-expérience qui, à n’en pas douter, nous laissera des traces et qu’il va falloir maintenant digérer.
On se retrouve demain, en Tchéquie (oui !).
Prenez soin de vous ❤
P.S. : une pensée émue envers mes anciennes collègues de Lyon, du C.H.R.D. (Centre historique de la Résistance et de la Déportation) — Marie-Liesse, Marion, Joëlle et Sandrine, vous étiez à mes côtés ❤









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